Mon lien avec la Suède
Dès mon premier voyage en Suède, j’ai été séduit par ce pays et j’ai décidé d’en étudier la langue, même si cela est difficile et même si la plupart des Suédois parle couramment l’anglais. Pendant plusieurs années, j’ai accompagné des groupes français en Suède. C’était dans les années 1980… J’y suis retourné à plusieurs reprises, dans les années 1990, pour y vanter la Côte d’Azur auprès de nombreux clients. Et plus récemment, à Stockholm.
Stockholm, années 1980. J’ai laissé mon groupe pour quelques heures. Il faut dire qu’un voyage de trois semaines en autocar avec le même groupe, c’est long…
Des Vikings venus du sud de la France, dans les années 1980 : le chauffeur, un client marseillais, et le guide…
Sur l’île de Lidingö, à Stockholm, le Millesgården, qui présente une sélection des œuvres du sculpteur suédois Carl Milles. Ce jardin de sculptures est ouvert depuis 1936 et reste l’une des grandes attractions de la capitale suédoise. J’y ai guidé plusieurs groupes… À la fin du 19ème siècle, à Paris, il a travaillé dans l’atelier de son maître, Auguste Rodin. Carl Milles a également travaillé aux États-Unis, où la sensibilité du public a été choquée par ses nus. Il avait donc, dans ce pays, un fabricant de “feuilles de vigne”…
Parmi les aspects méconnus de la culture suédoise, j’avais envie de vous présenter… leurs noms de famille !
les noms de famille suédois
Des morceaux de paysage
En étudiant le suédois, j’ai appris à comprendre la signification des patronymes suédois. Au Royaume-Uni et en Allemagne, les noms de famille trouvent souvent leur origine dans les professions exercées. Je ne soupçonnais pas du tout que de nombreux Suédois (un bon tiers) portent des noms de morceaux de paysages !
Autrefois, jusqu’à la loi de 1901, il était courant de se faire appeler en faisant référence au père : par exemple, le fils de Lars Johansson (ce dernier étant le fils de Johan) s’appelait Larsson et sa fille Larsdotter. En fait, on pouvait s’appeler comme on le souhaitait, à condition d’être inscrit dans les registres paroissiaux.
Le rapport à la Nature des Suédois commence souvent avec leurs noms de famille (efternamn), dès le 17ème siècle, surtout dans le nord du pays. Ce sont généralement des noms ornementaux qui ont été choisis arbitrairement lorsque le royaume a imposé aux Suédois de porter un patronyme héréditaire, en prenant celui du père. Et contrairement à l’Islande, les noms se terminant par -dotter ont disparu en Suède, car les épouses ont pris le nom de leur époux.
Souvent, ces noms de motifs naturels étaient choisis par la classe moyenne et la classe supérieure, ce qui pouvait correspondre à une hiérarchie sociale quand on lisait le nom de famille.
Quelques exemples (les combinaisons sont très nombreuses), en commençant par le nom du pionnier de l’aviation américain Charles Lindbergh, dont le père, natif de Stockholm, avait émigré dans le Minnesota : la montagne des tilleuls … Lindberg et Lindeberg en sont des variantes.
Holm, c’est l’îlot, par exemple Lindholm, l’îlot au tilleul.
Björk, c’est le bouleau.
Ström, c’est un courant d’eau, par exemple Bergström, le courant de la montagne.
Dahl c’est la vallée et Ek le chêne : je pense à l’actrice Anita Ekberg dans La Dolce Vita !
Souvent ce sont deux mots de la nature qui sont accolés : Lindgren, branche de tilleul.
Lindström, courant d’eau du tilleul.
Berglund, bosquet de la montagne.
Rosberg, montagne de roses.
Rosenqvist, branche de rose.
Les Suédois ont choisi des morceaux de paysages pour composer leur nom de famille. Ici, dans les années 1980, à Mariefred, sur le Lac Mälar, à environ une heure au sud-ouest de la capitale suédoise…
Il y a aussi les noms en —son
C’est-à-dire “fils de” pour moins du tiers des Suédois : Andersson (le nom le plus répandu en Suède), Johansson etc. Il y a cinq noms de famille très fréquents puisque portés par environ 20 % des Suédois : Andersson, Johansson, Karlsson, Nilsson et Eriksson.
© Jakub Marian, linguiste.
Quand on lit le nom d’un membre du groupe ABBA, Benny Andersson, on comprend que l’un de ses ancêtres se prénommait Anders. Je pense également au célèbre auteur de romans policiers (la trilogie Millenium), Stieg Larsson.
Les immigrants suédois aux États-Unis, quant à eux, pour s’adapter à leur nouveau pays, ont anglicisé leur nom en supprimant notamment le S du cas possessif : Johnson, Anderson, Olson, Carlson, Nelson, etc.
Il y a aussi en Suède des noms latinisés comme Wallenius, et des noms d’origine étrangère, notamment allemande, avec les échanges commerciaux de la Ligue Hanséatique. Quant au nom des familles nobles, il fait souvent référence à leur blason, par exemple l’étoile dorée des Gyllenstierna.
La Suède a un institut des statistiques correspondant à l’INSEE en France et l’IMSEE monégasque, le Statistiska centralbyrån (SCB). On y apprend beaucoup sur les noms de famille.
Enfin, il y a même de jeunes couples suédois qui font la démarche auprès du Statens Namsbyrå (bureau national des noms) d’adopter un nouveau nom de famille de leur invention afin d’éviter à l’un de prendre le nom de l’autre. Il existe même, quand on est à cours d’idée, depuis un siècle, le livre des noms suédois (Svensk Namnbok).
Les noms de famille d’autres pays nordiques
En voyage au Danemark dans les années 1980, devant une réplique en miniature de la Petite Sirène de Copenhague, inspirée du conte d’Andersen…
Au Danemark, on retrouve une terminaison correspondante, pour les fils comme pour les filles : -sen, comme l’auteur des célèbres contes, Hans Christian Andersen, ou l’acteur Mads Mikkelsen. Les noms les plus répandus sont Jensen, Nielsen, Hansen et Pedersen.
Glacier de Briksdal (Briksdalsbreen), Norvège, années 1980. J’ai accompagné plusieurs groupes dans ce pays magnifique…
En Norvège, c’est un peu différent. Souvent, les noms se terminent par -son ou -strøm. Les courants d’eau ! Au pays des rivières, des cascades et des fjords, encore des bouts de nature !
Bergen, Norvège, années 1980.
En Islande,on pouvait adopter n’importe quel nom de famille jusqu’en 1925. Aujourd’hui, le système est différent : la terminaison pour le fils est -son et pour la fille -dottir. Ainsi, quand le papa se prénomme Jón, le nom de famille du fils devient Jónsson et celui de la fille Jónsdottir. Le prénom est en fait plus important que le nom !
En route pour Helsinki, sur un ferry de la Viking Line, entre Stockholm et Helsinki, au siècle dernier…
En Finlande, les noms se terminent souvent par -nen, -la ou -lä. Ils sont souvent basés sur le lieu de résidence familiale, ou sur un élément de la Nature comme en Suède, ou bien sur une profession.
IKEA
Et quand on se promène dans les allées d’un magasin IKEA, on sait rarement que le nom des produits proposés est savamment étudié : le lien avec la Scandinavie est toujours présent : des noms de rivières, de lieux, des prénoms, des adjectifs, etc.
L’équipe marketing du géant suédois épluche les dictionnaires, les cartes géographiques, afin de trouver des noms de produits. Ensuite, les juristes vérifient si les noms proposés ne sont pas choquants dans d’autres langues, et s’ils ne concurrencent pas des marques qui existent déjà.
Quelques exemples : la chaise de jardin Tärnö porte le nom d’une île tout comme le banc Nämmarö. Le lustre Vindkast signifie rafale de vent, et l’étagère de salle de bain Muskan porte le nom d’un lac près de Stockholm… Des prénoms suédois sont également utilisés : les étagères Billy, la chaise transparente Tobias, ou bien encore la taie d’oreiller Ebbatilda.
L’acronyme IKEA honore la mémoire de son fondateur et son lieu d’origine : Ingvar Kamprad était né dans la ferme Elmtaryd au village d’Agunnaryd, dans le sud du pays, près de Ljungby (Comté de Kronoberg).
Pour la campagne publicitaire en vue de l’ouverture d’IKEA Nice, en 2022, on cherchait un sexagénaire… j’ai postulé, et j’ai été pris… Crédit-photo © Amada Production.