Mythologie grecque à Antibes

Mythologies contemporaines. C’est le titre de cette extraordinaire exposition des œuvres de Christophe Charbonnel à ciel ouvert, organisée avec le concours de la Galerie Bayart à Paris 6ème...

Christophe Charbonnel est un sculpteur français, “classique contemporain” comme il se définit, né en 1967, qui aime que ses sculptures voyagent. Il dit que si ses sculptures naissent dans son atelier des Yvelines, elle renaissent dans chaque nouveau lieu où elles sont exposées : “La sculpture sublime le lieu. Le lieu sublime la sculpture”.

Ce Nantais représente des chevaux, des personnages, des héros et des dieux de la mythologie, tirés de récits qui ont la Méditerranée pour cadre. Quel meilleur endroit que les remparts d’Antibes ? Et quel beau dialogue avec l’horizon, le bleu de la mer, le vent et la lumière azuréenne !

Quand Christophe Charbonnel crée une œuvre, il n'e la dessine pas au préalable, il réalise plutôt une maquette. Ce n’est pas comme un sculpteur qui taille la pierre jusqu’à la forme, et qui ne doit pas de tromper. Et plutôt que de faire poser un modèle, il travaille d’après des écorchés trouvés dans des traités d’anatomie du 19ème siècle.

Ses œuvres ont été exposées dans de nombreuses villes, comme Les Sables d’Olonne (2024 - où son Ulysse monumental, à demi immergé dans l’eau, a frappé les esprits), et L’Isle sur la Sorgue. À ses débuts, il a travaillé pour les studios Walt Disney Animation France à Montreuil, comme dessinateur puis modeleur. En région PACA, on peut voir sa victoire monumentale sur la place du château à Bormes les Mimosas. L’Hôtel Ritz à Paris possède l’une de ses œuvres, tout comme l’hôtel Terre Blanche près de Fayence.

La maquette d’Ulysse pour la statue monumentale aux Sables d’Olonne, bronze, 2024, édition de 8. 82 × 32 × 40 cm.

À Antibes, ce sont 11 œuvres monumentales, savamment disposées, que l’on peut admirer jusqu’au 27 septembre 2026.

Asclépios, bronze, 2019, 177 cm de haut.

L’Esculape des Romains était pour les anciens le dieu de la médecine et de la guérison. Instruit par le centaure Chiron, il était capable de ressusciter les défunts, ce qui lui valut d’être foudroyé par son père Zeus. Autour de son bâton s’enroule un serpent, animal de la mue et du renouveau, qui symbolise la médecine, la régénération et la guérison (le bâton d’Esculape). Ce caducée est différent de celui d’Hermès (Mercure), qui comporte deux serpents, et qui est surmonté de deux ailes. Mais il est proche du caducée des pharmaciens, dans lequel le serpent s’enroule autour de la coupe d’Hygie, la déesse de la santé, et fille d’Esculape. L’artiste précise qu’il a sculpté Asclépios “comme un passeur, entre deux mondes, dépositaire d’un savoir qui dépasse la condition humaine. À Antibes, Asclépios nous ramène à l’un des plus anciens rêves de l’homme : vaincre le temps et repousser la mort.

Chiron, plâtre de 2023, édition de 30, 50 × 20 × 22 cm.

Poséïdon, bronze, 2018, 294 cm de haut.

Le Neptune des Romains était le dieu de la mer, des tempêtes et des séismes, l’un des dieux les plus célèbres de la mythologie antique. Une sculpture étonnante par sa posture inhabituelle, prête à se redresser et à montrer toute sa puissance. C’est comme s’il était en train d’écouter le bruit des vagues. Il impressionne. Christophe Charbonnel a créé un autre Poséidon, immergé en Méditerranée, dans le cadre du musée subaquatique de Marseille…

Masque de Poséïdon, bronze

Dryade, bronze, 2024, 206 cm de haut.

Voici une nymphe des arbres et des forêts, une création récente de l’artiste. À la fois farouche, forte et fragile. Ses cheveux se mêlent aux branches et son corps se mêle à l’écorce, l’union entre l’homme et la nature. Ici à Antibes, elle rappelle ce monde antique où les dieux, les hommes et la nature ne faisaient qu’un. Les dryades, dont Eurydice est la plus connue, peuvent être violentes si elles croisent un bûcheron en train de couper un chêne, dont elles ont la garde…


Oros II, bronze, 2019, 147 cm de haut.

Oros, c’est la montagne en grec ancien. Ce personnage puissant fait partie de la mythologie personnelle de l’artiste. Il incarne la force du montagnard. Une figure silencieuse, massive, enracinée. Pour avoir un ordre d’idée, à l’achat, le prix d’une telle sculpture est de l’ordre de 90.000 euros.

Oros I, debout, massif, concentré, est le pendant d’Oros II, solide comme une montagne.

Athéna, bronze, 2015, 223 cm de haut.

La fille préférée de Zeus était pour les Grecs la déesse de la sagesse, de la guerre et des arts. Elle était également la protectrice de plusieurs cités grecques, dont Athènes. Ici, elle est sereine et noble. Elle porte l’égide, cette longue tunique tombant sur ses jambes et bordée de serpents. Elle est douce, mais déterminée, et invincible.

Persée tenant la tête de Méduse, bronze, 2016, 240 cm de haut.

Grâce aux armes magiques confiées par Athéna et Hermès, c’est lui qui a triomphé de la gorgone Méduse, ce monstre qui pouvait vous pétrifier si vous la regardiez. Dans l’histoire de l’Art, on retrouve fréquemment ce mythe, de Benvenuto Cellini (Loggia dei Lanzi, Florence) à Camille Claudel (Musée Camille Claudel à Nogent-sur-Seine). ici, Persée n’est pas triomphant, il est calme et serein. Il maîtrise la peur, tel le symbole éternel du combat humain.

Prométhée, tête, bronze, édition de 8. 86 × 37 × 43 cm. Ce Titan est connu pour avoir volé le feu sacré de l’Olympe afin de le donner aux hommes. Zeus le condamne à un supplice très cruel.

Bucéphale, bronze, 2024, 98 × 67 × 30 cm. Le cheval du roi de Macédoine Alexandre le Grand, que lui seul a pu dresser.

Masque d’Orphée, composite de fer, 2018. Édition sur 4. 220 × 141 × 185 cm. Un autre personnage de la mythologie grecque, cher à Jean Cocteau. Poète et musicien, il charme les animaux sauvages grâce à sa lyre, mais il ne parvient pas à ramener son épouse Eurydice du royaume des enfers vers le monde des vivants.

Thésée et l’Amazone, composite de fer, 2016, édition sur 4. 200 × 160 × 300 cm. C’est l’œuvre la plus imposante, par ses dimensions, de cette exposition. La reine Antiope est la seule Amazone connue pour s’être mariée, avec Thésée. Les Amazones, qui vivaient en Cappadoce, étaient un peuple de femmes guerrières, qui se gouvernaient sans le concours des hommes. Thésée, héros légendaire de la mythologie des Grecs anciens, roi d’Athènes, compagnon d’Hercule, est connu pour avoir vaincu le Minotaure, créature mi-homme, mi-taureau. Il représente le citoyen grec parfait, très déterminé, défenseur de la démocratie. Dans cette œuvre, l’Amazone pose sa main sur la poitrine de son mari, délicatement, à la fois pour l’alerter et le rassurer. Leur regard fascine.

Veilleur monumental, composite de fer.

Quelle est la différence entre une sculpture originale et une reproduction ?

En France, la législation est précise.

Pour qu’une œuvre d’art soit reconnue originale, le nombre maximum de tirages en bronze est de 8 exemplaires numérotés de 1/8 à 8/8, plus 4 épreuves d’artiste (EA), soit un total de 12 sculptures en bronze (source : Légifrance).

Et à partir de 13 exemplaires, les tirages supplémentaires sont considérés comme des multiples ou reproductions, dont la commercialisation, la valeur marchande et le régime fiscal sont différents.

Le point de vue du guide-conférencier : les œuvres contemporaines exposées à Antibes semblent avoir été découvertes dans des fouilles archéologiques, comme si elles portaient les traces du temps. Il n’en est rien. Elles dégagent beaucoup de puissance et procurent des émotions : « S’il ne se passe rien, si je ne ressens rien, je préfère casser ma pièce et passer à autre chose », dit Christophe Charbonnel.

Et comme le bronze accroche bien la lumière, sur les remparts, face à la Méditerranée ! Le meilleur moment pour admirer ces œuvres, c’est au lever du soleil, comme ici, le 23.08.2026 à 06:00, après les orages, et après que le vent a chassé les nuages…

Les statues de Christophe Charbonnel ont quelque chose d’intemporel, comme si ces figures antiques, en harmonie avec l’origine grecque d’Antibes, regardaient vers l’avenir. Et pour Christophe Charbonnel, évoquant le cadre de cette exposition : “Il leur donne une dimension poétique qui ne peut exister qu’à cet endroit-là”.

Christophe Charbonnel, Oros II, photo d’atelier, 147 x 83 x 79 cm, 2020 © Christophe Charbonnel.

Autres photos et vidéos © Philippe Borsarelli.

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