Paris - Grand Palais

Le Grand Palais, ici depuis le Pont Alexandre III, fut la star de l’Exposition universelle de 1900. Classé Monument Historique en 2000 (la nef l’était depuis 1975), il aurait pu être démoli dans les années 1960, lorsque le ministre de la Culture André Malraux avait confié à Le Corbusier la mission de construire à son emplacement le musée du 20ème siècle. Mais le décès de l’architecte, en 1965, a mis fin au projet. 

En 1896, on a planté verticalement dans le sol 3.400 troncs de chêne de 10m de long et 30 cm de diamètre, pour soutenir le futur colosse de 60.000 tonnes de métal, de verre et de pierre, construit en seulement 3 ans. Il fallait montrer la grandeur de la IIIe République !

Le Grand Palais des Beaux-arts a remplacé l’ancien Palais de l’Industrie, construit pour l’exposition universelle de 1855, démoli pour lui laisser la place. On en a réutilisé les pierres pour une partie du nouveau bâtiment, qui a été construit pour survivre à l’Exposition universelle de 1900, alors que le plus souvent les pavillons sont démolis une fois l’événement terminé. C’est également le cas du Petit Palais, du Pont Alexandre III et de la gare ferroviaire devenue Musée d’Orsay

Le monument se compose de plusieurs parties : la nef, le Palais de la Découverte (Palais d’Antin) et d’un bâtiment intermédiaire. 

Après 1900, on y a organisé le Salon de l’auto, le salon de l’enfance, des concours hippiques (jusqu’en 1957), une compétition de ski (1933), l’hommage à Pablo Picasso (1966), des défilés haute couture, ou bien encore le passage du Tour de France en 2017. Ci-dessus, le premier Salon du Bourget, organisé au Grand Palais, photographié par Léon Gimpel, le 30 septembre 1909.

L’armature d’acier de 9.000 tonnes (7.300 pour la Tour Eiffel) pour l’ensemble du monument est composée de plaques d’acier assemblées par d’innombrables rivets. Une prouesse technologique à l’époque de sa construction.  La verrière, la plus grande d’Europe, 240 m de long, a une superficie de 17.500 m2. 

Elle devait être prête pour les J.O. de Paris 2024 (escrime et taekwando). Ce sont 1.000 compagnons qui ont travaillé sur ce chantier colossal pendant 3 ans, jusqu’à 24 heures par jour pendant les dernières semaines, 7/7. On parle d’un budget de restauration de 500 M€ pour l’ensemble du Grand Palais. 

Ci-dessus, une vue de la nef pendant les travaux de rénovation © Laurent Kronental pour Chatillon Architectes - 2024.

La restauration de la verrière a respecté son vert réséda pâle (60 tonnes de peinture). On a retrouvé le vert d’origine, très Art Nouveau, dans les archives de la société Ripolin, qui avait fourni la peinture en 1900, et qui existe encore ! 

La rouille avait rongé la charpente métallique et les fondations n’étaient plus stables. Les travaux ont permis de recréer la transparence sur l’axe entre avenue Churchill et avenue Roosevelt (donc est-ouest), un moment d’émotion pour les équipes (2022). 

Autrefois, le sol de la nef était recouvert de sable, notamment pour les concours hippiques, puis des tapis en jonc étaient utilisés pour les expos, et ensuite on a construit une dalle en béton dans les années 1960. Une fois cette dalle enlevée, on a retrouvé la terre et du sable rouge. 

La nouvelle dalle a un ratio d’acier très important, comparable à celle d’un pont ; une trentaine de ferrailleurs a travaillé pendant des mois pour poser 800 tonnes d’acier. C’est la plus grande dalle active d’Europe : 46 km de tuyaux ont été déployés sur la dalle, s’agissant d’un système hydraulique permettant de réguler la température, été comme hiver. 

Le béton teinté, acheminé par plus de 300 camions-toupies, a été coulé sur le ferraillage. Et pour la complémentarité des couleurs, on a décidé que les 10 000 m2 de la nef auraient une couleur corail beige rosé, qui évoque le sable d’origine. 

Ci-dessus, l’escalier d’honneur © Simon Lerat Grand Palais RMN.

En 1900, la pierre de Comblanchien avait été utilisée pour certains sols et escaliers, car cette pierre très dure était à la mode pour son aspect veiné rappelant le marbre. La carrière, située en Côte d’Or, est encore en activité de nos jours, et c’est de là que proviennent les pierres de la restauration, afin de s’inscrire dans une continuité historique et de conserver la cohérence architecturale. Ces pierres ont été finement taillées à l’aide d’une fraise en diamant, permettant même de créer des moulures pour refaire par exemple des nez de marches du grand escalier d’honneur, qui a retrouvé sa couleur bronze d’origine. Cet escalier d’apparat redonne tout son lustre à la grande nef et symbolise le renouveau du monument en 2024. 

Ci-dessus, la Rotonde d’Antin est spectaculaire. Elle fait partie du Palais d’Antin ou aile ouest du Grand Palais, qui depuis 1937 abrite le Palais de la Découverte, musée des sciences. Un incroyable décor néo-LouisXIV-LouisXV sur une structure métallique. Des dorures, des sculptures représentant des allégories des arts, une grande verrière dans le dôme, restaurée en 2016-2017 : elle ne l’avait jamais été depuis 1900 et il pleuvait à l’intérieur ! 

La Maison Chanel est le principal mécène du Grand Palais. Une entrée est dédiée à Gabrielle Chanel.

Dédiée aux arts à la construction, la structure métallique du Grand Palais a été cachée par un parement de pierre, de statues, de colonnes, de chapiteaux et de bas-reliefs, réalisés par plus de 50 sculpteurs différents pour animer le monument. Le but de la restauration des statues a été d’empêcher l’eau de continuer à les dégrader. Tout a été fait pour que l’eau ruisselle mieux. 

Sur le toit, des éléments d’ornement ont été refaits à l’identique ; par exemple, sur le nombre de pots à feu, 13 avaient disparu. Il a fallu les refaire. Un pot à feu, cela arrête une ligne verticale dans une composition. Leur absence rend l’architecture moins belle. Cet ornement fait partie d’une grammaire architecturale : on met le pot à feu, la phrase est terminée. La pierre a été patinée par les restaurateurs afin de retrouver la teinte des pots à feu d’origine. 

La colonnade est inspirée de celle du Louvre.  Des mosaïques représentent les civilisations anciennes, comme l’Égypte, et des colonies comme l’Indochine. Un restaurant occupe cette partie, le Grand Café

Sur le toit, les quadriges en cuivre sont spectaculaires. Côté Champs-Élysées, c’est l’Immortalité devançant le Temps

Lors de la cérémonie d’ouverture des J.O. de Paris le 26 juillet 2024, c’est depuis le toit de la verrière, sous des trombes d’eau, que l’artiste lyrique Axelle Saint-Cirel a chanté La Marseillaise.

Fin août 2024, en balade parisienne, je tombe sur cette immense échelle gonflable… c’est un peu comme si un géant l’avait posée sur le monument pour grimper sur le toit. Elle est l’œuvre de l’artiste milanaise Paola Pivi, une échelle arc-en-ciel de 20m de haut, qui avait fait partie auparavant d’une expo au Japon, posée sur une école. Paola a dédié cette œuvre, qui bouscule l’ordonnance classique du célèbre bâtiment, au pouvoir de l’imagination. On veut bien la suivre. Au château de Rivoli, dans le Piémont, elle a également exposé un hélicoptère posé à l’envers dans un salon du château…  Au Grand Palais, l’exposition Euphoria, désormais terminée, était consacrée à l’art du gonflable. 

Le point de vue du guide-conférencier : la Rotonde d’Antin est peu connue et mérite le détour, tout comme la grande nef. Le Grand Palais est un lieu où s’enchaînent événements sportifs, expositions (Le Trésor retrouvé du Roi Soleil, les tapis commandés par Louis XIV pour la Grande Galerie du Louvre, en février 2026), défilés haute couture (comme Chanel en février 2026, dans une forêt de saules et de champignons géants) , salons de prestige (le Festival du Livre de Paris en avril 2026), etc.

Crédit Photos : P. Borsarelli sauf mention contraire

Et pour terminer, une œuvre d’art : la magnifique affiche de l’édition 2026 du Festival du Livre de Paris, créée par François Schuiten et Laurent Durieux. Elle s’inspire du Salon du Bourget, qui s’est tenu au Grand Palais en 1909, et qui présentait des ballons… François Schuiten est un créateur de BD et scénographe belge, connu notamment à Paris pour sa conception de la station de métro Arts & Métiers, tout en cuivre avec des hublots montrant des inventions, sur la ligne 11. Laurent Durieux, quant à lui, également Belge, est un coloriste de bande dessinée, illustrateur et affichiste, connu notamment pour ses affiches de films alternatives, comme Apocalypse Now. Les deux artistes travaillent en collaboration depuis 2014. Par exemple, en 2018, c’est le premier qui dessine, et le second qui colorise, l’album de BD Le Dernier Pharaon, une aventure de Blake et Mortimer




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