Ils ont peint Antibes
Antibes en février 2026 - la carte postale …. tant de peintres ont représenté Antibes, le Cap d’Antibes, et Juan les Pins… Je vous propose une sélection non exhaustive sur deux cents ans…
Joseph VERNET
“Le Port d’Antibes en Provence, vu du côté de la terre”, 1756, Musée National de la Marine de Paris (dépôt du Louvre).
Ce peintre français, mort en 1789, est considéré comme l’un des plus grands peintres paysagistes de son temps. Membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture, le directeur général des bâtiments de Louis XV lui demande, en 1753, de peindre les 27 plus beaux ports du royaume de France. Il part avec sa famille, devient peintre itinérant pendant neuf ans, jusqu’en 1762, pour réaliser cette commande. Il parvient à faire quinze huiles sur toile. Ce sont de grands formats (2,63 × 1,65 m), qui vont être largement reproduits en gravures. Quel privilège de voir ici la ville-frontière du Royaume de France, entourée de ses puissants remparts, protégée par le Fort Carré ! 1756 !
La puissance militaire d’Antibes est rappelée par les militaires représentés au premier plan à gauche. On n‘est pas encore dans la peinture de plein air comme ce sera le cas un siècle plus tard : Vernet peint en atelier, d’après les croquis qu’il a réalisés sur le terrain. Ici le ciel occupe les deux tiers du tableau, donnant une impression d’espace et, au premier temps, on est dans l’agriculture antiboise, avec tous ces jolis personnages, un véritable voyage dans le temps, au coucher du soleil, un jour de printemps ! Il y a encore de la neige sur le Mercantour.
À l’entrée du port, deux bateaux dont une frégate battant pavillon maltais. On cueille des oranges, regardez bien, et l’on voit qu’il y a déjà des palmiers à Antibes avant la Révolution ! Un homme fume la pipe. On est là dans un paysage idéal.
Jean-Louis Ernest MEISSONIER
“Antibes, la promenade à cheval”, 1868, Musée d’Orsay, Paris.
Un peintre un peu oublié, et pourtant, quel talent ! D’origine lyonnaise, ce peintre, sculpteur et graveur a fait une belle carrière, notamment dans la peinture d’histoire. Lors d’un séjour à Antibes (entre 1868 et 1870), il a réalisé cette huile sur toile (46 x 76 cm), et s’est représenté à cheval, avec son fils Charles Meissonier, qui fut également peintre. Ernest Meissonier est connu pour ses peintures d’histoire, notamment son cycle napoléonien, dont sa “Campagne de France“, représentant Napoléon Ier à cheval, précédant ses troupes (Musée d’Orsay), peint quelques années avant cette vue d’Antibes. Les deux marcheurs à gauche nous indiquent comment on s’habillait au quotidien dans la cité provençale…
Pourquoi Antibes ? Sans doute parce que très intéressé par Napoléon Ier, il a voulu voir le Fort Carré où Bonaparte fut emprisonné, et la plage de Golfe-Juan, où l’Empereur débarqua à son retour de l’Ile d’Elbe en 1815… peut-être aussi parce qu’Antibes offrait des conditions idéales pour la peinture en plein air, comme l’appréciera Claude Monet 20 ans plus tard…
Jean-Louis Ernest MEISSONIER
“Autoportrait le long de la route de la Salice”, collection particulière
Voilà une autre pépite, très peu connue, où le peintre se représente comme dans le tableau précédent mais seul, longeant la plage de la Salis en direction du Cap d’Antibes. La place-forte d’Antibes occupe le fond, avec ses fortifications intactes.
Jean-Louis Ernest MEISSONIER
“Les Blanchisseuses à Antibes”, 1869, Musée d’Orsay, Paris.
Ce tout petit tableau (13×15 cm) peu connu, une huile sur bois, avec la mention Antibes, m’évoque l’une de mes arrière-arrière-grand-mères, Anne-Marie Martin née Gras, qui vivait dans le vieil Antibes à cet époque. Âgée de 31 ans quand Meissonier créa ce tableau, elle côtoyait peut-être ces deux lavandières, en pleine conversation, en train d’étendre leur linge. On peut également voir le monogramme du peintre, deux lettres adossées, EM.
Jean-Louis Ernest MEISSONIER
“Oliviers à Antibes”, Musée d’Orsay, Paris.
Cette petite aquarelle (20×34 cm) non datée, peu connue également, montre comment le peintre a réussi à peindre des oliviers, ce qui est si difficile, et à rendre la lumière sous leur tronc et leur feuillage, avec l’utilisation de mine graphite et de rehauts de gouache.
Jean-Louis Ernest MEISSONIER
“Street scene near Antibes”, vers 1868, Collection particulière.
Ce tableau montre la vie à Antibes pendant le Second Empire, à une époque où la ville, bien qu’ayant perdu son rôle de ville militaire près de l’ancienne frontière avec le Royaume de Piémont-Sardaigne, est enfermée dans ses remparts. Ou bien alors sommes-nous dans un village des alentours ?
Claude MONET
“Antibes, vue de la Salis”, 1888, Museum of Art, Philadelphie.
J’ai consacré un article à Claude Monet sur mon site : Claude Monet à Antibes. Mon chouchou.
En 1888, il a peint 39 toiles d’Antibes, du Cap d’Antibes et de Juan les Pins. Et entre le port de la Salis et la pointe Bacon, il a réalisé une série de quatre toiles du même endroit. Celle-ci est la troisième : le soleil est haut, la lumière vive. Je l’ai décrit tant de fois lors de mes visites-conférences en 2023, à l’exposition monégasque Monet en pleine lumière. Ce tableau illustre parfaitement le titre de cette exposition exceptionnelle.
Félix ZIEM
“Le Rocher d’Antibes, le Croûton”, seconde moitié du 19ème siècle, Musée des Beaux-Arts, Petit Palais, Paris.
Une étrange aquarelle sur papier (23 × 37 cm), signée Ziem en bas à droite. Il y a encore de la neige sur les Alpes. Une baigneuse à la longue chevelure est assise sur un rocher, les pieds dans l'eau. Elle tend la main vers une étrange créature accompagnée de deux poissons. Le bourguignon Félix Ziem fait partie des peintres qui ont été éblouis par la lumière méditerranéenne. Proche de l’École de Barbizon, grand voyageur, il a peint Nice, Venise et Constantinople. Il est connu pour avoir peint Marseille et Martigues (Musée Ziem), moins pour être venu peindre à Antibes, les pêcheurs, les ramasseurs de coquillages, les rochers… Entré au Louvre de son vivant, on estime à 10.000 le nombre de ses œuvres peintes !
Félix ZIEM
“Pêcheurs à Antibes”, seconde moitié du 19ème siècle, Musée des Beaux-Arts, Petit Palais, Paris.
Une autre aquarelle sur papier (17 × 31 cm), signée Ziem en bas à droite. Des pêcheurs sont accompagnés de leurs chiens. Ils s'activent près de deux barques échouées sur la plage. Devant les maisons, ils ont étendu leurs filets…
Eugène BOUDIN
“Le port d’Antibes”, 1893, Musée d’Orsay, Paris. Legs de la duchesse de Windsor.
Celui que le peintre Camille Corot surnomma le “roi des ciels”, et qui initia le jeune Claude Monet à la peinture en plein air sur la côte normande, est très connu pour ses œuvres réalisées à Trouville, Sainte-Adresse et Honfleur, sa ville natale, où un beau musée lui est consacré. On sait moins qu’il a exploré d’autres parties du littoral français et qu’il est venu peindre Antibes, Juan les Pins et Golfe-Juan en 1893 ! Eugène Boudin, qui séjournait avec sa compagne Juliette Cabaud à l’Hôtel du Commerce, rue Thuret, a choisi le même emplacement que Claude Monet, pour représenter le vieil Antibes. Dans mon cabinet de curiosités, je vous invite à consulter mon article …. Tiens, voilà du Boudin, consacré aux tableaux d’Antibes de ce mentor du Claude Monet…
Pierre-Auguste RENOIR
“Vue d’Antibes”, vers 1892-1893, Collection particulière
Sur cette huile sur toile, le vieil Antibes se détache au fond, tandis que les alentours ne sont pas du tout urbanisés. Renoir réalise plusieurs paysages à Antibes, ainsi qu’une vue du Fort Carré…
De l’Impressionnisme, passons au Pointillisme, ou Néo-Impressionnisme, aussi appelé Divisionnisme…
Henri-Edmond CROSS
“Antibes”, 1908, Musée de Grenoble - J.L. Lacroix, huile sur toile.
On ne sait pas toujours que pour ne pas être confondu avec Eugène Delacroix, ce peintre, qui s’appelait Henri-Edmond Delacroix, a pris le pseudonyme de Cross…. Avec Georges Seurat, et Paul Signac, il fut un adepte du Pointillisme, issu de l’Impressionnisme mais utilisant une multitude de petites touches géométriques composant un mélange optique pour le spectateur.
Henri-Edmond CROSS
“Antibes”, 1907, The Art Institute, Chicago
Et celui-ci, vous le connaissiez ? En fait, il s’agit d’une aquarelle (32 × 42 cm), avec de la craie noire sur un papier couché ivoire.
Henri-Edmond CROSS
“Antibes”, 1908, Collection particulère
On est ici à la pointe Bacon, au même endroit peint par Claude Monet 20 ans plus tôt, en plein courant néo-impressionniste (pointilliste).
Paul SIGNAC
“Antibes le soir”, 1914
Après son séjour à Saint-Tropez, qu’il fait connaître avant les autres, Paul Signac s’installe à Antibes à l’automne 1913. Plusieurs de ses toiles représentent Antibes, dans un style pointilliste, dont il est le créateur avec Georges Seurat.
Paul SIGNAC
“Antibes les tours”, 1911, Albertina Museum, Vienne
Cette huile sur toile (66 × 82 cm) fait partie de la Collection Batliner visible dans ce grand musée autrichien. Rita et Herbert Batliner avaient collectionné environ 500 tableaux impressionnistes et post-impressionnistes, qui constituent le fonds principal de l’Albertina. C’est le matin, la mer est calme, et le peintre semble être sur son bateau à l’ancre, devant les remparts d’Antibes, même si le les spécialistes de ce musée pensent que le tableau a été créé en atelier. Le phare de La Garoupe se distingue à gauche.
Paul SIGNAC
“Antibes, petit port de Bacon”, 1917, Collection particulière
Pour cette huile sur toile (55 × 64 cm), Paul Signac a adopté un point de vue depuis le petit port de la Salis au début du Cap d’Antibes, pendant la Première guerre mondiale alors qu’il séjournait à Antibes, mais peignait peu. Les pêcheurs antibois sont à l’œuvre. Un paysage paisible, alors que la terrible guerre fait rage ailleurs. On est ici dans la lumière du soir, un hymne à la joie de vivre. Les couleurs explosent ! Signac s’éloigne de la rigueur scientifique du Divisionnisme, ses touches sont plus larges. Ce tableau a été vendu en 2008 par Christie’s pour un montant de 1.129.850 €…
Pierre BONNARD
“Antibes”, vers 1930, Musée d’Orsay, Paris.
On sait que Pierre Bonnard était installé au Cannet, où il a travaillé jusqu’à la fin de sa vie, représentant la ville et les paysages alentours. On connaît moins ce petit tableau, perdu dans les immenses collections du musée parisien.
Pablo PICASSO
“Pêche de nuit à Antibes”, 1939, MoMA New York, huile sur toile.
Nous sommes sur les remparts, à la veille du déclenchement de la Seconde guerre mondiale, près du Bastion Saint-André. Picasso et sa compagne Dora Maar sont venus voir à Antibes leur ami Man Ray, le célèbre photographe surréaliste américain. C’est un grand format : 2,05 xx 3,45 m. Les deux pêcheurs dans la barque, l’un en marinière traditionnelle, harponnent les poissons à la lumière des lampes à gaz, c’est la pêche au lamparo. À droite, deux jeunes femmes, dont la muse de Picasso à l’époque, la photographe Dora Maar, en train de déguster un cornet de glace. En haut à gauche, les tours mauves du vieil Antibes. Beaucoup de couleurs vives (violet, vert, jaune et rouge), une atmosphère irréelle, presque fantomatique…
Nicolas DE STAËL
“Paysage, Antibes”, 1955, MuMa Le Havre.
Le Musée Picasso d’Antibes conserve et expose l’une de ses plus grandes toiles, “Le Grand Concert”. La maison de Nicolas de Staël se trouve toujours sur les remparts d’Antibes, près du Musée Picasso. Il a mis fin à ses jours en 1955, en se jetant des remparts, contrairement à ce qu’énonce la plaque sur sa maison. Cette huile sur toile est représentative de son oeuvre, de plus en plus abstraite, peut-être exécutée depuis le Cap d’Antibes en regardant les Alpes, l’un de ses derniers tableaux.
Marc CHAGALL
“Lune rousse au Cap d’Antibes”, 1969, Collection particulière.
Huile, pastel et aquarelle sur papier. Une période prolifique de l’artiste, alors installé à Saint-Paul-de-Vence et l’un des peintres vivants les plus connus au monde, une époque heureuse de sa vie, près de sa seconde épouse Valentina (“Vava”) Brodsky. Le vieil Antibes et le Fort Carré apparaissent sous la lune rouge, tandis que le peintre et son épouse (est-ce eux ?) sont allongés près d’un grand bouquet de fleurs, que Chagall a souvent représenté pour symboliser l’amour romantique.
Voir mon article sur Marc Chagall à Saint-Paul.
Raymond PEYNET
Affiche du Musée Peynet d’Antibes. Autre amoureux d’Antibes - il y vécut - Raymond Peynet a son musée dans la vieille ville, Place Nationale. Il a réalisé de nombreuses affiches et lithographies, notamment pour le Salon des Antiquaires, sans oublier son Diplôme d’Amour, réalisé pour la célébration des mariages à la mairie d’Antibes.
Le point de vue du guide-conférencier : Pendant mes visites guidées d’Antibes, j’ai souvent eu l’occasion d’évoquer les peintres qui y sont venus, comme ici Claude Monet en 1888. Mais la ville est dépourvue de musée d’histoire locale et les oeuvres évoquées ici sont soit dans des collections particulières, soit dans des musées lointains. Alors, il faut montrer des reproductions…
Raoul DUFY
“Golfe-Juan”, 1927, huile sur toile (82 x 101 cm), McNay Museum, San Antonio, Texas (c) Artists Rights Society (ARS), New York.
Cette vue si peu connue de Golfe-Juan, peinte il y a un siècle, a été choisie pour l’affiche de l’exposition “Painting the Riviera”, Londres - The Royal Academy of Arts (RA), Main Galleries, Burlington House - 2 octobre 2026 - 31 janvier 2027.
Nul doute que cette exposition, réalisée avec le Cleveland Museum of Art (Ohio), remportera un grand succès ! De Claude Monet à Bordighera et Antibes, Auguste Renoir à Cagnes, à Henri Matisse à Nice, en passant par Georges Braque et Paul Cezanne à L’Estaque, Henri-Edmond Cross à Hyères, Paul Signac à Saint-Tropez, ou Raoul Dufy à Golfe-Juan, Pierre Bonnard au Cannet, Pablo Picasso à Antibes, Yves Klein à Nice, et d’autres, le programme est alléchant…
Des Impressionnistes, Post-impressionnistes, Modernistes, à travers 120 œuvres, tableaux, sculptures, affiches, films, etc. entre 1870 et 1960.