Villas Belle Époque à Monaco

Au milieu des années 1950, on dénombrait près de 700 villas en Principauté ! Mais au cours des dernières décennies, sur le territoire monégasque, dans leur grande majorité, les villas Belle Époque ont laissé la place à des tours. Il en reste pourtant quelques-unes…

Quartier du Jardin Exotique / Moneghetti

Parmi les rares qui subsistent, la Villa Ispahan, ci-dessus, boulevard du Jardin Exotique, fait l’admiration des passants : construite en 1910 pour le prince iranien, ministre, écrivain et diplomate Arfa Mirza Riza Khan, cette maison, qui s’appelait autrefois Villa Danichgah, est truffée de symboles perses. Très représentative des villas mauresques construites dans la région à la Belle Époque, elle est l’œuvre de l’architecte monégasque François-Joseph Médecin, qui a travaillé notamment à l’agrandissement du Casino de Monte-Carlo, où une grande salle porte son nom. Cet architecte est également l’auteur, avec Jean Marquet, du pavillon de Monaco à l’Exposition Universelle de Paris 1900.

On peut citer également la Villa Paloma, ci-dessus, une miraculée sauvée par l’État monégasque, près du Jardin exotique. À l’origine, une belle villa monégasque de la Belle Époque, construite pour l’avocat américain Edward N. Dickerson. Aux USA, spécialisé dans les brevets et marques commerciales, il comptait parmi ses clients fortunés Samuel Colt, Charles Goodyear et Alexander Graham Bell. Après le décès de son épouse, il se retira à Monaco jusqu’à sa mort en 1923. La Villa Paloma abrite aujourd’hui le Nouveau Musée National de Monaco.

Quartiers La Rousse & Saint-Roman

Ci-dessus, dans le quartier La Rousse, au premier plan, la Villa Italia, sur le boulevard d’Italie et, au second plan, la Villa Léonie, rue Révérend Père Louis Frolla, anciennement rue des Orchidées ; cette rue monégasque très courte continue en France, à Beausoleil, sous le nom de rue des Orchidées prolongée, et se termine en cul-de-sac. La Villa Léonie, construite en 1908 par l’architecte César Lancette, est remarquable pour son oriel décoratif. On doit également à cet architecte, aux Moneghetti, l’immeuble situé boulevard du Jardin exotique, la Villa Joseph Baron.

Le réalisateur de nombreux films, dont « Jeux Interdits (1952), « Plein Soleil » (1960) et « Paris brûle-t-il ? » (1966) René Clément, décédé à Monaco en 1996, habitait une villa avenue Saint-Roman, remplacée depuis par un immeuble d’habitation.

Dans le quartier Saint-Roman, rue des Giroflées, se trouve encore un remarquable ensemble de villas datant de la Belle Époque, notamment la Villa La Brise (1891), ci-dessus, avec ses balustres turquoise sur le toit.

La Villa La Mascotte (1905), qui  a autrefois appartenu au pilote automobile Gilles Villeneuve, présente une superbe frise Art Nouveau sous son toit.

Ma préférée, la Villa Les Flots (1894), connue pour ses ornements turquoise : balcons en fer forgé, balustres, vases, tuiles, un vrai bijou, dont la façade a beaucoup de personnalité ! Avec ses quatre niveaux, elle présente en effet de nombreux pilastres, médaillons, frontons curvilignes, corniches, frises, etc. Sa porte d’entrée en fer forgé, de style Art Nouveau, est unique à Monaco. Cette maison est fort heureusement classée Bâti remarquable de la Principauté par ordonnance souveraine. Ce genre de villa est extrêmement rare en Principauté et, lorsqu’un bien de ce genre est proposé à la vente, le prix peut s’envoler à plus de 40 M€.

Sur le côté de la maison, une remarquable descente de gouttière en fonte, décorée dans un esprit Art Nouveau…

130 années séparent la villa Les Flots Bleus de la tour Réséda…

Dépendant de la Direction de la Prospective, de l’Urbanisme et de la Mobilité, Monaco dispose d’un inventaire d’environ 110 bâtiments et 41 façades à caractère remarquable, qui font l’objet d’une protection. Parmi ces derniers, ceux qui sont classés « bâti remarquable » sont les mieux protégés, en matière de modification, voire de démolition-reconstruction à l’identique.

La Villa Farniente, anciennement Villa Trotty, dominée par la tour MoNa de Jean-Michel Wilmotte (avec Rainier Boisson), livrée en 2021, et la tour Réséda d’Arquitectonica (avec Alexandre Giraldi), livrée en 2024-2025.

Autre bâtiment protégé, la Villa Trotty, rue du Tenao. Cette magnifique villa Belle Époque, toujours entourée de son jardin d’origine (fait rarissime à Monaco) était depuis 1949 la résidence du Consul général de France à Monaco. La villa est à Monaco (sur une parcelle de près de 3.000 m2), mais une petite partie du magnifique jardin (468 m2) est en France ! L’État français l’a vendue en 2006 pour 49,5 millions d’euros, par l’intermédiaire de l’Ambassadeur de France à Monaco, à un investisseur italien, naturalisé monégasque en 2012, dirigeant d’un empire pharmaceutique international, et collectionneur d’art, qui l’a rebaptisée Villa Farniente, son ancien nom, et l’a admirablement restaurée avec son épouse. Fort heureusement, la villa été classée par le Prince Albert II et elle est donc préservée, d’autant plus que son périmètre a été déclaré inconstructible. Il existait pourtant un projet immobilier : une grande tour d’habitation, au sommet de laquelle un appartement devait être gardé pour le futur Ambassadeur de France à Monaco, nommé après la signature, en novembre 2005, des nouveaux accords franco-monégasques. Ci-dessous, détails de l’entrée de la villa. C’est l’entreprise J.B. Pastor & Fils Monaco qui a réalisé les travaux de restauration du bâtiment, en 2013, respectant les clauses de la vente, qui prévoyait que le jardin et la façade devaient être préservés.

Voici la localisation des villas mentionnées ci-dessus. Depuis ce plan dressé dans les années 1980, le quartier a bien changé, ainsi, la tour MoNa de Jean-Michel Wilmotte et Rainier Boisson a remplacé d’autres anciennes villas (8/10/12/14).

Ci-dessus, juste en dessous de la Villa Trotty, la démolition de la Villa Le Rêve, 35, boulevard d’Italie, en face de la Chapelle des Carmes, au quartier Saint-Roman. Un exemple d’une ancienne villa, rasée pour laisser la place à une nouvelle opération immobilière.

Le point de vue du guide-conférencier : À Monaco, les villas de la Belle Époque qui disposent d’un jardin sont aujourd’hui très rares, car le terrain vaut de l’or. Les autres villas qui ont échappé à la démolition ont parfois une terrasse, ce sont plutôt des hôtels particuliers, comme les bâtiments présentés ici. On trouve d’autres exemples de villas fin 19ème, début 20ème, sur le Rocher de Monaco, rue de l’Abbaye et avenue Saint-Martin. À Monte-Carlo, également, entre le boulevard Princesse Charlotte et la frontière avec Beausoleil, il reste quelques belles constructions de la Belle Époque…

Crédit Photos : P. Borsarelli

Rue de l’Abbaye, sur le Rocher de Monaco.

Rue de l’Abbaye, sur le Rocher de Monaco.

Ruelle Sainte-Dévote / Avenue Saint-Martin, sur le Rocher. Construite vers 1890 par A. Blanchy, la Villa Blanchy, surmontée d’un belvédère, est emblématique de la Belle Époque à Monaco.


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