“Painting the French Riviera” à Londres
Un tableau de Raoul Dufy représentant Golfe-Juan est à l’honneur devant la Royal Academy à Londres.
Et pour commencer, ce tableau, le voici en entier : Golfe-Juan en 1927…
Raoul Dufy, Golfe Juan, 1927. Oil on canvas, mounted on board, 81.8 x 100.6 cm. Collection of the McNay Art Museum, Bequest of Marion Koogler McNay, 1950.38
Le peintre (mais pas que) Raoul Dufy (1877-1953) a représenté Nice (son épouse Eugénie-Émilienne était Niçoise) à de nombreuses reprises dans les années 1920 : le vieux Nice, la Prom, le Casino de la Jetée aujourd’hui disparu, etc. À Paris, au Musée d‘Art Moderne, sa représentation de la Fée Électricité est célèbre, notamment par sa taille : 624 m2 ! Mais cette superbe huile sur toile - si peu connue - de Golfe-Juan, peinte il y a un siècle, prêtée par le McNay Museum de San Antonio (Texas), est visible à Londres et a été choisie pour l’affiche d’une exposition majeure …
On distingue la jetée du vieux port, les cheminées des parfumeries et distilleries de nérolium, l’Avenue des Palmiers et, dans le fond, Juan les Pins, le Cap d’Antibes et le phare de La Garoupe…
Londres, le 6 octobre 2026.
Le but de cette exposition Painting the French Riviera est de montrer, sur près d’un siècle, le début et le développement de l’art moderne sur la Côte d’Azur entre les années 1870 et les années 1960, à travers 160 œuvres : peintures, sculptures, dessins, affiches touristiques, costumes de danse, livres, films, etc.
De grands noms de la peinture y sont représentés : Paul Cezanne, Berthe Morisot,
Claude Monet et Pierre-Auguste Renoir pour l’Impressionnisme, par exemple ce magnifique paysage de Renoir, réalisé à L’Estaque, près de Marseille, où le peintre s’était rendu afin de rendre visite à son ami Paul Cezanne :
Rocky crags at L’Estaque, 1882, Museum of Fine Arts, Boston, Juliana Cheney Edwards Collection.
Claude Monet a une place d’honneur dans cette exposition, avec ses représentations de Bordighera, du Cap Martin et d’Antibes, et en particulier deux des quatre tableaux intitulés Antibes, vue de la Salis, ci-dessous, prêté par le musée des Beaux-Arts de Philadelphie, et par un collectionneur privé…
Également, une vue de la Pinède de Juan les Pins en 1888, sans aucune construction !
The Beach of Juan les Pins, 1888, private collection, courtesy of Alon Zakaim Fine Art London.
Paul Signac et Henri-Edmond Cross pour le Pointillisme, et leur obsession de l’intensité de la lumière : tout une salle est dédiée à ce courant artistique issu de l’Impressionnisme, et théorisé par Georges Seurat, également appelé Néo-Impressionnisme.
Henri-Edmond Cross, Les Îles d’or, îles d’Hyères (Var), c.1891-1892. Oil on canvas, 59.5 x 54 cm. Paris, Musée d’Orsay. Photo: © GrandPalaisRmn (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski. Ce magnifique tableau, presque abstrait, a été choisi pour illustrer la couverture du catalogue de l’exposition.
Henri-Edmond Cross, dont le vrai nom était Delacroix, avait pris ce nom d’artiste afin de ne pas être confondu avec le célèbre Eugène Delacroix. Ici, Cross représente Antibes depuis la pointe Bacon, et, dans le second tableau, un nuage rose (énorme cumulus) comme on peut en voir en hiver à la fin de la journée… Peint pendant la Première Guerre mondiale, ce tableau montre des voiliers très colorés, juxtaposés avec des bateaux de guerre laissant échapper une vapeur noire, comme pour montrer une lueur d’espoir et de joie au sein de la tragédie en cours…
Antibes, Afternoon, 1908, Isabelle and Scott Black Collection.
Antibes, The Pink Cloud, 1916, Isabelle and Scott Black Collection.
Et ici, une autre pépite pointilliste, de Henri-Edmond Cross, installé depuis 1891 à Saint-Clair - Le Lavandou (Var). Son médecin lui avait conseillé de quitter Paris pour soigner ses rhumatismes sous le climat plus tempéré de la côte méditerranéenne. Ici, le nuage est illuminé par le coucher du soleil, et les deux grands cyprès relient le paysage de jardins au ciel très vif.
The Pink Cloud, c. 1896, The Cleveland Museum of Art, Nancy F. and Joseph P. Keithley Collection Gift.
Encore des nuages, avec cette autre huile sur toile, de Théo van Rysselberg, peintre belge de ce même mouvement, appelé également divisionnisme. Il a vécu à Saint-Clair, Le Lavandou. Ici, les trois-quarts de la composition, simplifiée, sont occupés par un ciel doré. Les lignes horizontales suggèrent une mer tranquille, infinie. Le jaune s’oppose au violet, à l’orange et au bleu. On est dans la contemplation… Et le cadre, à l’aspect de galuchat, prolonge l’œuvre…
Big Clouds, 1893, Newfields, The Holiday Collection.
Henri Matisse pour le Fauvisme, avec André Derain et Georges Braque, qui ont révolutionné la peinture dans les années 1905-1908, où la couleur se libère complètement. En particulier Intérieur à Nice, peint lors de son séjour à l’Hôtel Beau Rivage. On voit bien que l’on est ici dans une chambre d’hôtel, avec la valise du voyageur posée sur le lit. Tout à gauche, un tableau retourné est posé au sol, contre le mur. C’est à Nice que Matisse a peint ses célèbres tableaux représentant un intérieur avec la vue sur la mer à travers une fenêtre.
Henri Matisse, Interior at Nice (Room at Beau-Rivage), 1917-1918. Oil on canvas, 73.7 x 60.3 cm. Philadelphia Museum of Art; A. E. Gallatin Collection, 1952-61-79
André Derain, Matisse and Terrus, 1905. Oil on canvas, 40.3 x 54.3 cm. Private Collection
Georges Braque, Seascape, L'Estaque, 1906. Oil on canvas, 59 x 72.4 cm. Museo National Thyssen-Bornemisza; Carmen Thyssen Collection. © 2026 ADAGP, Paris and DACS, London
Pierre Bonnard, avec le Portail de la Villa du Bosquet au Cannet, prêté par un musée américain, une galerie entière lui est consacrée.
Pierre Bonnard, The Gate of the Villa du Bosquet in Le Cannet, 1944. Oil on canvas, 61.6 x 49.8 cm. Loan courtesy of the Muskegon Museum of Art, Gift of the L.C. and Margaret Walker Foundation
Panoramic Vista of Le Cannet, 1941-1942, Private collection.
Charles Camoin est également présent avec ce tout petit tableau, si représentatif de la Côte d’Azur des années 1920…
Lola on the Terrace, 1920, Private collection.
Pablo Picasso, qui a commencé à séjourner sur la Côte en 1919 à Saint-Raphaël, puis à Juan les Pins en 1920, avant de s’y installer pour toujours, à Golfe-Juan, Antibes, Vallauris, Cannes et enfin Mougins : des peintures, aquarelles et céramiques de Vallauris sont présentes à l’exposition. Par exemple cette aquarelle de 1933, à un moment où Pablo Picasso et son épouse Olga Khokhlova séjournent à Cannes, à l’Hôtel Majestic, dans une chambre vue mer. On est ici dans le Surréalisme, sur la Méditerranée, une scène imaginaire, où Picasso se représente en sculpteur, tandis que sur la colonne, on reconnaît le visage d’un autre amour du peintre, Marie-Thérèse Walter…
On the Terrace, 28 July 1933, watercolour and Indian ink on paper, Arora Collection, UK.
Un de mes artistes préférés, Kees van Dongen, avec sa White Lady sur la Croisette, prêtée par un collectionneur privé. Installé à Cannes dans les années 1920, les bourgeois se l’arrachent et veulent toutes et tous leur portrait par van Dongen, qui restera un fantastique peintre mondain jusqu’à la fin de sa vie à Monaco. Son portrait de Brigitte Bardot, réalisé en 1959, vient d’ailleurs de réapparaître sur le marché de l’art. Peint il y a cent ans, on ressent dans ce tableau le glamour et la sophistication de la Côte d’Azur de l’entre-deux-guerres, avec cette femme élégante, toute en séduction, vêtue de blanc de la tête aux pieds, qui se promène près de l’Hôtel Carlton. Une touche de rouge vif pour ses lèvres… Des palmiers, un voilier et une voiture de course complètent le mouvement de ce tableau. Le cadre Art Déco magnifie l’œuvre…
Kees Van Dongen, The White Lady, 1926. Oil on canvas, 61 x 50cm. Private Collection. Courtesy Of Galerie Philippe David, Zurich.
Marc Chagall n’est pas oublié, avec ce splendide tableau représentant un appétissant déjeuner au premier plan, et un couple d’amoureux flottant sur un oiseau au-dessus de Saint-Paul-de-Vence, là où il a travaillé et vécu jusqu’à la fin de sa vie …
Table Before the Village, 1968, Private collection.
Nicolas de Staël, avec son tableau du Fort Carré prêté par le musée Picasso d’Antibes, et Yves Klein, avec un tableau prêté par le MAMAC de Nice; ainsi que d’autres œuvres de ce peintre niçois.
Yves Klein, ANT 84, 1960. Pure pigment and synthetic resin on paper mounted on canvas, 155 x 359 cm. Musée d'Art Moderne et d'Art Contemporain (MAMAC) - Ville de Nice © 2026 Succession Yves Klein c/o ADAGP, Paris and DACS, London
Enfin, l’exposition n’oublie pas la littérature, avec notamment Tendre est la Nuit de Francis Scott Fitzgerald, et le cinéma, avec La Main au Collet d’Alfred Hitchcock. La danse, également, avec l’évocation du ballet créé pour les Ballets Russes de Sergeï Diaghilev, Le Train Bleu, en 1923, avec une évocation du rideau de scène de Pablo Picasso, les costumes de Gabrielle Chanel, le livret de Jean Cocteau et la musique de l’Aixois Darius Milhaud.
Le Train Bleu.
Tous ces artistes ont eu la chance de séjourner sur une Côte d’Azur intacte, non bétonnée, et tous ont été fascinés par la lumière méditerranéenne, le ciel bleu azur et les paysages de notre destination. ils ont trouvé l’inspiration et les paysages de leurs rêves sur la Côte d’Azur, qui représentait pour eux un idéal utopique, dans une liberté artistique totale.
La Côte d’Azur a été le cadre du développement de l’art moderne, et elle est devenue une grande destination touristique et le lieu de tournage de nombreux films, c’est ce que cette magnifique exposition, la plus importante de la décennie selon le musée, cherche à démontrer.
Le musée a publié un beau catalogue, auquel ont collaboré le conservateur du Musée Picasso d’Antibes, Jean-Louis Andral, et celui du musée Matisse de Nice, Aymeric Jeudy.
Organisée en collaboration avec le musée des beaux-arts de Cleveland dans l’Ohio, cette exposition est visible à Londres jusqu’au 31 janvier 2027 et part ensuite à Cleveland en 2027.
Le lieu de l’exposition : La Royal Academy of Arts, non loin de Picadilly Circus, dans le centre de Londres, est un musée fondé en 1768 par le roi George III. C’est le roi d’Angleterre qui règne pendant la Guerre d’Indépendance des États-Unis, la Révolution française et l’époque napoléonienne. Grand collectionneur de livres et de tableaux, il a régné plus de 59 ans, et était le grand-père de la reine Victoria. Dans la Chronique des Bridgerton, c’est le roi que l’on voit. Il est également évoqué dans le film La Folie du Roi George. Ce grand musée est une institution indépendante, qui n’est pas financée par l’État, mais par les entrées et le soutien de ses mécènes et amis.
Le point de vue du guide-conférencier : le 6 octobre 2026, j’ai eu l’honneur d’être invité par Côte d’Azur France Tourisme à présenter cette exposition exceptionnelle à la délégation azuréenne ayant fait le déplacement, composée principalement de représentants d’offices de tourisme et d’hôteliers, dans le cadre de l’une de leurs actions commerciales, destinée à une clientèle d’affaires ciblée, et organisée également par le bureau londonien d’Atout France. J’ai également eu le privilège de guider les invités britanniques tout le long de l’exposition. Des moments d’échanges très intéressants, et un auditoire conquis par la qualité des œuvres présentées, notamment celles provenant de collections privées, donc rarement visibles. Tous mes remerciements à Mmes Martine Nobar et Florence Lecointre de Côte d’Azur France Tourisme pour leur confiance.
Crédit-Photos (œuvres) : Exhibition organised by the Royal Academy of Arts, London in collaboration with the Cleveland Museum of Art. Sur place, photos d’Aurélie Jassaud, Philippe Mottier et Philippe Borsarelli.