Notre-Dame de Paris dans une beauté nouvelle
Les bouquinistes des quais de Seine nous conduisent vers Notre-Dame de Paris, alors en plein travaux…
Avril 2024 : je passe à proximité de Notre-Dame, dont le chantier est impressionnant. On vient juste de démonter l’échafaudage, qui révèle la nouvelle flèche :
Un hommage à quelques-uns des 25 corps de métiers qui ont restauré le monument. La cathédrale est au cœur de l’île de la Cité, dans le 4ème Arrondissement.
Les grues Liebherr de la société Dartus Levage, employées pour la restauration : la grue jaune de 84 m de haut a été employée notamment pour retirer, pendant plusieurs mois, l’échafaudage endommagé par l’incendie, un mikado géant… Il fallait surtout éviter que cet échafaudage ne tombe sur les voûtes ayant résisté à la catastrophe. Les grues ont également servi à hisser des éléments, dont le nouveau coq au sommet de la nouvelle flèche (tout petit sur la photo).
2025 : quelle chance de pouvoir admirer le travail accompli en 5 ans seulement ! La façade présente trois niveaux horizontaux, et trois portails surmontés de la grande rosace centrale. C’est Maurice de Sully, né dans une famille de bûcherons du Loiret, qui a entrepris, en tant qu’évêque de Paris, la construction de la cathédrale, dont la première pierre fut posée en 1182.
Les gargouilles de Notre-Dame ! Nourri d’imagerie médiévale, c’est Viollet-Le-Duc qui a créé la galerie des chimères entre les deux tours : 54 créatures en tout …
La galerie des rois, sur la façade. On la doit aussi à Viollet-Le-Duc. 28 statues des ancêtres de la Vierge, véritable généalogie de pierre. Les statues précédentes avaient été détruites à la Révolution…
Ci-dessus, Eugène Emmanuel Viollet-Le-Duc à la Cité de l’Architecture (Trocadéro). Cet architecte théoricien est connu comme le restaurateur des Monuments historiques au 19ème siècle, souvent controversé. On le retrouve notamment à la basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vezelay (Yonne - Bourgogne-Franche-Comté), au château de Pierrefonds (Oise - Hauts de France) et à Carcassonne (Aude - Occitanie). On a pu dire qu’il avait en quelque sorte complété les monuments dont il avait la garde, quitte à laisser déborder son imagination…
Ce buste en marbre, inachevé, est l’œuvre de son fidèle collaborateur A. V. Geoffroy-Dechaume, et qui avait sculpté les 16 statues des apôtres miraculeusement sauvées de l’incendie, car déposées quelques jours avant pour être restaurées.
Suite au terrible incendie du 15 avril 2019, 843 M € ont été récoltés pour la remise en état de la cathédrale. Au début du bas-côté droit, en entrant, une plaque mentionne les principaux donateurs… Il y a eu 340.000 donateurs en tout !
La société Mathieu Lustrerie, la référence absolue au niveau mondial, installée à Vargas dans le Vaucluse, a travaillé à l’Opéra de Paris (sur le grand lustre de Charles Garnier), à l’Opéra de Monte-Carlo (l’autre grand lustre de Garnier), à la Galerie des Glaces du Château de Versailles, au château de Vaux-le-Vicomte, à l’Hôtel Hermitage de Monte-Carlo, et plus récemment au chantier de Notre-Dame de Paris : environ 30 compagnons ont admirablement restauré les 13 lustres de la nef, les 2 candélabres du chœur, la couronne de lumière de la chapelle Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, ainsi que les 60 bras de lumières qui éclairaient la cathédrale avant le terrible incendie.
Ce qui frappe, dès que l’on entre dans la cathédrale, c’est cette blancheur de la pierre, cette lumière de l’art gothique !
On a du mal à imaginer qu’ici, à l’intérieur de la cathédrale, se trouvait un échafaudage de 1.200 tonnes et de 30m de haut !
La chute de la flèche en feu, construite par Viollet-Le-Duc en 1865, a provoqué l’effondrement de la croisée du transept et d’une partie de la voûte de la nef. Quand on voit la restauration, et la Vierge à l’Enfant sur la clé de voûte, quelle prouesse ! On y a posé la toile peinte, refaite à l’identique, qui ferme l’oculus de la voûte de la croisée du transept, à 33 m de haut. Les 4 têtes d’anges ont été refaites. La nouvelle flèche se trouve juste au-dessus. Et au-dessus de cette nouvelle voûte sur croisées d’ogives de la nef, on a reconstruit à l’identique la charpente en chêne, la “forêt”. Cette nouvelle charpente, divisée en 3 compartiments indépendants, est équipée d’un système de brouillard d’eau destiné à étouffer tout départ de feu.
Et puis, devant le pilier sud-est de la croisée du transept, il y a cette fragile Vierge à l’Enfant, qui a vu la voûte s’effondrer à ses pieds lors de l’incendie, mais qui est restée debout, intacte. On se souvient de cette photo, où elle apparaît, toute blanche, au milieu des débris noirs de la flèche et de la voûte effondrées. Datant du 14e siècle, cette statue est très vénérée. C’est elle, Notre Dame !
Le baptistère, situé à l’entrée de la cathédrale, fait penser à un chalice. C’est une œuvre en bronze de Guillaume Bardet, également auteur de l’autel majeur (voir ci-après). La vasque est pourvue d’un couvercle en bronze poli comme un miroir, qui représente les clapotis d’une rivière d’où surgit la croix du baptême.
Les chaises ! Les 1.500 chaises en chêne clair, assez basses, n’ont rien de gothique. Elles sont signées par une spécialiste du design industriel, Ionna Vautrin, qui a respecté le vœu de l’archevêque : qu’elles soient silencieuses ! L’artiste a aussi dessiné les bancs, prie-Dieu et agenouilloirs. Les barreaux droits des chaises sont comme un écho aux piliers de l’édifice, tandis que le bois choisi rend hommage à la nouvelle charpente. Cette designeuse, née dans le Morbihan en 1979, est également connue pour ses objets du quotidien très colorés, lampes, miroirs, corbeilles à fruits, vases, etc. Le quotidien Libération lui a consacré un article : “Ionna Vautrin, Notre Dame des Chaises”. Sa lampe Binic pour la firme italienne Foscarini, est devenue un best-seller. Et sa lampe TGV en forme de T lui a été commandée par la SNCF pour les nouvelles rames TGV…
L’autel majeur est en bronze, du designer Guillaume Bardet. C’est la fonderie d’art Barthélémy Art, à Crest (Drôme), qui l’a réalisé. Pour le designer, ce fut certainement l’objet le plus difficile à concevoir : pour atteindre une certaine élévation, il a enlevé un maximum de matière pour atteindre une forme plus légère, en équilibre.
Spécialiste du bronze, choisi pour contraster avec la blancheur de la pierre, Guillaume Bardet travaille dans son atelier de Dieulefit (Drôme), ça ne s’invente pas ! C’est lui qui a remporté l’appel d’offres, parmi 70 candidats, pour le nouveau mobilier liturgique de la cathédrale : le baptistère, l’autel, mais aussi la cathèdre (le siège de l’archevêque qui, lorsqu’il est assis, symbolise la présence du Christ dans l’église), deux sièges, le tabernacle (pour le ciboire contenant les hosties), et l’ambon (le pupitre où on lit les Évangiles), qui se présente comme un livre ouvert. À partir du moment où le bronze de l’autel a été coulé (grâce à la technique de la cire coulée entre deux blocs de plâtre), 1.000 heures de travail ont été nécessaires aux ciseleurs de la fonderie pour obtenir ce résultat.
Ce coq tout cabossé, sauf la tête, est celui qui se trouvait au sommet de la flèche de Viollet-Le-Duc, et qui a été retrouvé le lendemain de l’incendie sur le chemin de ronde. Il s’est décroché au moment où la flèche en feu est tombée. Quel témoignage de la catastrophe !
Un nouveau coq de près d’un mètre de haut a été fixé au sommet de la nouvelle flèche. Il est en cuivre, recouvert de feuilles d’or. Il contient, comme cela était le cas de l’ancien, un fragment de la couronne d’épines, quelques ossements de Saint-Denis, premier évêque de Paris, de Sainte-Geneviève, sainte patronne de la capitale, ainsi que les noms des 2.000 personnes ayant participé à la reconstruction de la cathédrale.
Ci-dessus, le cénotaphe du cardinal Louis Antoine de Noailles, ancien archevêque de Paris, puis cardinal en 1700, l’une des nombreuses sculptures dans la cathédrale.
Dans cette arcature aveugle dont les arcs sont trilobés (clôture du chœur), on peut voir le nom des évêques de Paris jusqu’à l’actuel, Mgr Laurent Ulrich, et la place pour son futur successeur …
Depuis Viollet-Le-Duc, on n’avait pas vu les vitraux de cette manière, tellement lumineux après avoir été déposés, nettoyés et remontés. Les vitraux de 6 chapelles du bas-côté sud, qui dataient des restaurations de Viollet-Le-Duc, pourtant intacts, doivent être remplacés par des vitraux contemporains. Une pétition contre ce projet a réuni plus de 300.000 signatures, mais l’Élysée veut imposer sa marque … En décembre 2025, au Grand Palais, on peut voir (Exposition “D’un seul souffle” jusqu’au 10 mars 2026) les maquettes de ces 6 futures verrières, 7m de haut par 4m de large, créées par l’artiste Claire Tabouret, représentant, de manière très colorée, un verset de la Bible consacré à la Pentecôte, en cours de fabrication à Reims (maîtres-verriers Simon Marq), et qui doivent être installés en 2026. La polémique n’est pas terminée… Les couleurs vives de ces nouveaux vitraux, plus colorés que les grisailles de Viollet-Le-Duc, placés dans le bas-côté sud, le plus ensoleillé, devraient inonder la nef de lumière et de couleurs. De plus, l’artiste a placé dans ses vitraux des références aux vitraux du 19ème siècle…
© Le Parisien / Philippe Lavieille.
Claire Tabouret est née à Pertuis en 1981. Elle travaille en France et à Los Angeles. En 2013, François Pinault a découvert son travail et lui a acheté de nombreux tableaux, exposés un temps au Palazzo Grassi à Venise.
© magazine Artension.
Claire Tabouret a travaillé à ce grand projet pour Notre Dame pendant le grand incendie de Los Angeles, lors duquel plusieurs de ses amis artistes ont vu leur atelier partir en fumée. Elle a regardé les vitraux de Matisse et de Chagall et étudié l’œuvre de Fra Angelico. Elle a souhaité représenter le moment où chacun se met à comprendre la langue de l’autre, lorsque l’Esprit saint descend sur terre. Pour la Vierge, elle a fait poser son assistante. En janvier 2026 une exposition rétrospective lui est consacrée au Voorlinden Museum de La Haye.
Ci-dessus, la rosace du transept nord à la gloire de la Vierge, construite au milieu du 13e siècle, comme une fleur de verre, de près de 13 m de diamètre. Dans l’oculus central, une Vierge à l’Enfant. Tout autour, les 16 pétales contiennent 80 médaillons représentant des figures de l’Ancien Testament et répartis sur 3 cercles. La plupart de ses vitraux remonte au 19e siècle.
La couronne d’épines, dont le Christ à été coiffé par les Romains avant d’être cloué sur la croix, est la relique la plus précieuse de la cathédrale. Elle a failli disparaître dans l’incendie, mais a été sauvée par un sapeur-pompier de Paris. À l’origine, elle avait été ramenée de Constantinople par le roi de France Louis IX (Saint-Louis), qui fit construire la Sainte Chapelle sur la même île que Notre Dame, afin de la protéger. Personne ne peut dire si c’est bien la croix du Christ, mais elle fait l’objet de beaucoup d’attention depuis son arrivée en France en 1239. Lorsqu’elle n’est pas montrée, comme ici sur l’autel majeur, la couronne est protégée dans un coffre-fort situé dans la base du reliquaire en marbre. Ce nouveau reliquaire, le voici :
Voici donc la châsse-reliquaire de l’architecte et designer Sylvain Dubuisson ! Elle se trouve dans le double déambulatoire du chœur, entouré de 15 chapelles du début du 14ème siècle, qui étaient attribuées à de grandes familles d’évêques ou de chanoines. C’est ce reliquaire qui protège la couronne d’épines, un fragment de la Croix de bois et un clou de la Passion du Christ. Ce sont les reliques les plus précieuses de la cathédrale. L’œuvre de 2024, qui semble flotter dans les airs, sur 3m de haut et 2m de large, est en bois de cèdre (le bois de la Croix), et elle est sertie d’épines de bronze qui sont insérées dans des encoches de plus en plus larges pour laisser passer la lumière des verrières. Au centre, 12 cercles concentriques sont ornés de cabochons en verre sur fond d’or.
Sylvain Dubuisson est né à Bordeaux en 1946, issu d’une famille d’architectes. Son grand-père est l’auteur du beffroi de Lille. Sa renommée remonte à 1990 lorsqu’il a conçu le mobilier pour le bureau de Jack Lang, alors ministre de la Culture. Il est connu pour ses lampes, tables et autres objets, comme des tasses à café en porcelaine de Limoges pour la maison Bernardaud…
Ci-dessus, les vêtements créées à l’occasion de la réouverture de la cathédrale en 2024 par le couturier français Jean-Charles de Castelbajac. La crosse de l’archevêque est l’œuvre de Sylvain Dubuisson, auteur du reliquaire de la couronne d’épines.
Tant de détails à observer dans cette magnifique cathédrale, dont le mur de clôture du chœur (14ème s.) riche en scultpures, ou les armes du Pape Léon XIV… On pense au 2 décembre 1804, lorsque Napoléon se couronne lui-même en présence du Pape Pie VII.
Beaucoup de visiteurs ne le voient pas, sur le parvis de la cathédrale : le point zéro des routes de France, depuis Louis XV…. la rose des vents en métal date des années 1920. Elle avait été retirée après l’incendie, en mauvais état, et c’est une nouvelle étoile qui a été mise en place en juillet 2025. 14 routes nationales commencent ici. Si on y pose le pied, on est assuré de revenir à Paris !
Le point de vue du guide-conférencier : Il aura fallu près de 200 ans pour construire cette cathédrale, et seulement quelques heures pour qu’elle soit ravagée par l’incendie de 2019, puis seulement 5 ans pour la restaurer. Après l’incendie, il a fallu près de 6 mois pour enlever les 40.000 pièces de l’échafaudage calciné (200 tonnes de métal), qui avait été monté pour restaurer la flèche avant l’incendie. Aujourd’hui, cette cathédrale a un éclat qu’elle n’a pas connu depuis des siècles. Le 8 décembre 2024 la réouverture a été marquée par les 3 coups portés sur la porte principale par l’évêque de Paris, symbolisant que seule la croix du Christ ouvre les portes du Ciel.
Crédit-photos : Philippe Borsarelli.