Paris - Palais Royal

Voici l’un de mes endroits préférés à Paris, dans le 1er Arrondissement, près du Louvre. Les jardins sont un havre de paix en plein Paris, un lieu hors du temps, aménagé à la manière d’un immense cloître. L’état de délabrement des galeries qui entourent les jardins ne permet plus de réaliser à quel point ce lieu fut l’endroit le plus prisé de la capitale.

Pourquoi un palais royal ?

À l’origine, c’est Armand du Plessis, plus connu sous le nom de Cardinal de Richelieu, alors principal ministre d’État de Louis XIII, qui a construit, en 1628, le Palais-Cardinal, avec des appartements luxueux et un magnifique théâtre, où Molière jouera plus tard l’ensemble de ses pièces et Jean-Baptiste Lully ses opéras. Richelieu souhaitait ainsi habiter à proximité immédiate du Palais du Louvre, où résidait le roi de France.

Il devient le Palais Royal quelques années plus tard lorsqu’Anne d’Autriche, veuve de Louis XIII, y réside pendant la Régence du jeune Louis XIV. Ce palais est alors bien plus confortable que le Louvre, et le futur roi peut jouer dans le jardin avec son frère…

Par la suite, il est devenu la résidence de la famille d’Orléans, qui a fait encadrer le jardin d’immeubles et de galeries, construits par l’architecte du grand théâtre de Bordeaux Victor Louis, et devenus rapidement un haut lieu de la vie parisienne, avec des salons de jeux, des restaurants et des cafés, sans oublier les deux théâtres, celui (depuis 1799) de la Comédie- Française, dont la salle, sur sept niveaux, peut accueillir jusqu’à 2.000 personnes, et le Théâtre du Palais-Royal, reconstruit en 1830..

Derrière les 180 arcades qui entourent le jardin, chacun des 60 pavillons est pourvu d’un rez-de-chaussée, d’un entresol, d’un étage noble et d’un second étage moins grand. La balustrade ornée de vases cache le troisième étage, et les combles, réservés aux domestiques.

Jusqu’en 1830, c’était the place to be pour les visiteurs de Province, et les touristes étrangers : divers spectacles (dont les marionnettes et ombres chinoises), des restaurants, des cafés, des boutiques (jusqu’à 400 !), des salons de jeux, et des maisons closes, peuplées de « fleurs vivantes qui gagnent à être connues ». Une frénésie qu’Honoré de Balzac a immortalisée dans sa Comédie humaine.

Parmi les boutiques anciennes, dans la galerie de Montpensier, la maison Bacqueville, fabricant de médailles et décorations depuis 1790. On y trouve des décorations civiles et des médailles militaires, des ordres français et étrangers. Cette maison fut le fournisseur officiel de Napoléon III. Elle fait partie des trois derniers fabricants détenteurs du droit de frappe pour certaines médailles et décorations, comme la Légion d’honneur, l’ordre national du mérite, l’ordre des arts et des lettres, etc. Un lieu chargé d’histoire.

Le Palais Royal de nos jours

On y trouve le Ministère de la Culture, le Conseil d’État, le Conseil Constitutionnel, le Tribunal des Conflits et, last but not least, la Comédie-Française.

Les colonnes de Buren

L’œuvre, dont le titre est Les Deux Plateaux, a été très controversée (que de polémiques et de pétitions !) à son installation en 1986 dans la cour d’honneur du palais, à l’initiative du Président Mitterrand (son choix parmi plusieurs projets), Jack Lang étant alors ministre de la Culture, sur un parking réservé à quelques privilégiés, qui défigurait le site.


Restaurée en 2009, cette œuvre de Daniel Buren est toujours un lieu parisien très photographié. Il s’agit d’un maillage de 260 colonnes tronquées, de section octogonale, et de trois hauteurs différentes, en marbre blanc de Carrare, et en marbre blanc et noir des Pyrénées, aux rayures blanches et noires dont la largeur est toujours la même : 8,7 cm. Les rayures rappelleraient le tissu rayé des toiles de stores que l’on trouvait communément à Paris.

Pol Bury, que l’on retrouve à la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence, est l’auteur de deux fontaines cinétiques, les Sphérades, qui reflètent le palais. Il s’agit de sa première commande publique de fontaine en France (1985). Pour chaque fontaine, dix-sept sphères de métal poli, de cinq tailles différentes, sont posées comme des bulles sur la surface de l’eau.

Les jardins du Palais Royal

Le Domaine National du Palais-Royal dépend du Centre des Monuments Nationaux.

Le Charmeur de serpent (1875), par Adolphe Thabard. Adoré des pigeons. On retrouve ses œuvres à Limoges, dont il était originaire. Et aussi à Budapest, sur le Pont Marguerite reliant Buda à Pest, où il a créé 8 statues colossales qui ornent les piles de ce grand pont sur le Danube.

Ils sont grands, ces jardins ! Plus de 2 hectares, classés Monument Historique depuis plus d’un siècle.  Sur 226 m de long et 92 m de large, ils ont été aménagés à partir de l’époque de Richelieu, puis agrandis et transformés, surtout juste avant la Révolution par le duc d’Orléans.

Ces jardins sont bordés par quatre galeries sous arcades : à l’ouest, la galerie de Montpensier, au nord, la galerie de Beaujolais, à l’est la galerie de Valois et au sud, la galerie du jardin. Les doubles rangées de tilleuls ont remplacé des ormes malades.

Un petit canon de bronze tonne chaque mercredi à midi, depuis 2010. Il s’agit de la réplique du canon fabriqué par un horloger installé sous les galeries en 1786. À cette époque, où le méridien de Paris était la référence mondiale pour ce que l’on appelait l’heure vraie, c’est une loupe qui provoquait la mise à feu de la mèche grâce aux rayons du soleil, et ce canon était la référence pour les Parisiens, qui pouvaient ainsi régler leurs horloges. C’est en 1911 que la France est passée à l’heure du méridien de Greenwich, ce que l’on appelle l’heure du temps moyen de Paris…

Vous pensez au canon de midi à Nice, je sais !

Une citation de l’abbé Deville : « Dans ce jardin (…) si l’on y dérègle ses mœurs, au moins on y règle sa montre »…

Les artistes au Palais Royal

De nombreux artistes ont été attirés par la sérénité et le charme de ce lieu parisien.

Stefan Zweig, l’écrivain et humaniste autrichien, y a vécu en 1912 au n° 15 rue de Beaujolais. Parmi ses œuvres les plus connues, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, dont l’action se déroule à Monte-Carlo.

Colette y a passé une partie importante de sa vie, au 9 de la rue de Beaujolais, tout d’abord à la fin des années 1920, puis de 1938 jusqu’à sa mort en 1954. Elle y a écrit l’essentiel de son œuvre. Selon ses mots, elle était « obstinée à mon Palais Royal comme un bigorneau à sa coquille » !

L’Allée Colette, près de la galerie de Valois, a été inaugurée en 2019.

Jean Cocteau a vécu au 36, rue de Montpensier, avec Jean Marais, entre 1940 et 1947. En 2019, l’allée proche de la galerie Montpensier a été renommée Allée Jean Cocteau.

Cocteau avait l’habitude de déjeuner avec son amie Colette au Grand Véfour tout proche.

Depuis 1784, le restaurant Grand Véfour a traversé le temps. Tout d’abord dénommé Café de Chartres, il porte le nom de Jean Véfour, qui dans les années 1820, a transformé l’ancien café en un luxueux restaurant. Georges Sand, Alphonse de Lamartine, Victor Hugo aimaient s’y restaurer. Après la Seconde guerre mondiale, Raymond Oliver, le premier chef de cuisine à avoir popularisé la cuisine à la télévision française est aux commandes, et obtient 3 étoiles Michelin. Les célébrités fréquentent le restaurant, écrivains et acteurs. Le propriétaire actuel et chef du Grand Véfour est Guy Martin. Le restaurant est classé Monument Historique.

On retrouve les jardins du Palais Royal dans de nombreuses scènes de films, dont Charade (1953), Marathon Man (1976), Da Vinci Code (2005), Mission Impossible : Fallout (2018) et Illusions perdues (2021).

Emily in Paris ! Les bureaux de l’agence Savoir (Saison 1), devenue l’agence Grateau, sont censés se trouver Place de Valois, juste derrière le Palais Royal. Dans les jardins du Palais-Royal, Emily s’assoit sur l’un des bancs à poèmes

Les 18 bancs à poèmes, ou Dentelles d’Éternité, créés entre 2019 et 2024, sont l’œuvre des artistes Michel Goulet, Québécois, et François Massut, fondateur du collectif Poésie is not dead, qui vise à promouvoir la poésie dans l’espace public. Ces 34 bancs sont ornés de citations de Colette et de Cocteau.

Ils ont également créé, pour ces jardins, des chaises-poèmes, ou moments présents (2024), ainsi que des confidents (2016), composés de deux chaises rassemblées en vis-à-vis propices à la conversation. Ce mobilier de jardin intègre une technologie permettant l’écoute de poèmes

Crédit Photos : P. Borsarelli (sauf Stefan Zweig).

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